15h lettre – Un trésor pour une bouchée de pain
Aujourd’hui, après un long moment, le temps est enfin venu de reprendre le clavier et de partager ma joie avec vous. Pour vous introduire au sujet, je dois revenir un instant en arrière.
Toute la seconde moitié de l’an dernier a été placée sous le signe de l’étude de la valeur 15 hal. La pression bienveillante de mon « entourage hradčanien » a fini par porter ses fruits et j’ai passé tout le reste de l’année à étudier et à traiter cette valeur. Sept planches d’impression, huit variantes différentes de dentelures officielles, cinq nuances cataloguées, quantité de types et de défauts de planche – tout cela m’a coûté des centaines d’heures devant l’écran, le microscope, la loupe et l’odontomètre. Le résultat de ce travail de fourmi est un album de 130 feuilles consacré à la seule valeur 15 hal.
J’en reviens à ma visite de la bourse. En parcourant une boîte de lettres, j’ai trouvé l’enveloppe d’une lettre ordinaire affranchie de timbres de l’émission Hradčany. La lettre a été envoyée de Smíchov à Pavlice, en Moravie du Sud, ou plutôt à Grešlové Mýto près de Znojmo (Pavlice n’avait pas de bureau de poste à l’époque). Elle relève de la IVe période tarifaire, et le port de 60 hal. pour une lettre ordinaire jusqu’à 20 g a été acquitté par quatre timbres à 15 hal.

L’affranchissement multiple m’a plu et je l’ai donc achetée. Le soir, en l’examinant, j’ai d’abord conclu avec déception que le premier timbre avait sa dentelure verticale droite coupée. À un examen plus attentif, j’ai toutefois constaté que, si le premier timbre provient de la planche III, le deuxième provient de la planche V. Deux timbres ont la dentelure en peigne B–11¾ et les deux autres la dentelure en ligne C–13¾. Je me suis donc lancé dans la détermination exacte des différentes positions – et j’ai découvert, avec surprise et enthousiasme, que chacun des timbres collés provient d’une planche d’impression différente : de gauche à droite B – 67/III., C – 30/V., B – 34/IV. et C – 70/VI.

Comment des timbres de quatre planches d’impression différentes ont-ils pu se retrouver sur une lettre manifestement non philatélique ? La réponse m’a été fournie par le premier timbre à la dentelure coupée : il s’agit à mon avis d’une réutilisation de timbres décollés de lettres sur lesquelles ils n’avaient pas été correctement oblitérés par le cachet postal. C’est vraisemblablement une pratique qui, dans les années d’après-guerre, subsistait encore du temps de la monarchie. L’expéditeur qui, en août 1920, a collé ces quatre timbres dans l’intention d’économiser ne se doutait pas de la rareté qu’il fabriquait ni de la joie qu’il ferait à un collectionneur 96 ans plus tard.
Une remarque pour finir : même dans un matériel d’apparence banale se cache la possibilité de trouver des exemplaires intéressants et uniques. Outre la chance, il est cependant essentiel de consacrer du temps à l’étude et de l’argent à la littérature – sans les connaissances voulues, on n’y parvient pas.