Épreuves

Avant qu’une forme d’impression ne commence à produire des timbres destinés à la poste, on en tirait des empreintes d’essai. Elles servaient à juger le dessin, la couleur et la pression — on les imprimait donc en règle générale dans une couleur autre que celle de l’émission définitive et sur un meilleur papier, afin de voir ce dont la forme était capable et non ce que le papier autorisait. Pour l’étude actuelle des planches, elles ont une valeur particulière : elles saisissent la forme dans un état que l’usure n’a pas encore atteint, et parfois avant que les dernières retouches n’y aient été faites.

Position 96/I — épreuve bleue sur papier couché

Épreuve du 15h, position 96 de la première planche
Épreuve du 15h en bleu, non dentelée, sur papier couché. Position 96 de la première planche d’impression.
Couleurbleu — une couleur dans laquelle le timbre n’a jamais paru
Papiercouché, lisse et blanc ; face au papier grossier du tirage courant, il retient un dessin bien plus fin
Présentationnon dentelée, à larges marges
Position96 / planche I
État de la planchel’impression est nette sur toute la surface — la planche n’était pas encore usée

La différence avec un timbre courant saute aux yeux. Sur le papier grossier du tirage courant, les hachures fines des arbres et des toits se fondent en aplats ; sur le papier couché, elles restent distinctes. Il en va de même des traits de contour de l’ornement : sur les pièces de production, ils sont souvent élargis ou interrompus, ici ils sont fins et continus. L’épreuve ne sert donc pas seulement de rareté pour collectionneur, mais d’image de référence — elle montre à quoi ressemblait le dessin avant que l’usure de la planche et les propriétés du papier ne commencent à lui en retirer.

Comparaison avec la position 96/I de production

L’épreuve à côté de la position de production 96/I
À gauche l’épreuve, à droite la même position 96/I issue du tirage courant. Les deux images sont alignées sur le cadre du dessin et à la même échelle.

Entre l’épreuve et la production, le dessin de cette position a été retouché. Il ne s’agit donc pas seulement d’une différence de netteté : la forme a encore été modifiée entre les deux empreintes. Deux changements sont attestés.

1 · Retouche de la spirale — de Is à IIs

La spirale décisive se trouve dans le coin supérieur gauche du dessin — c’est celle de gauche dans la paire de spirales de l’ornement d’angle, la même que la page Types du cinquième dessin décrit comme caractéristique de type. Sur l’épreuve, elle est ouverte (Is) : le tour intérieur va jusqu’au bout et s’arrête librement. En production, elle est fermée (IIs) — le tour se referme en un anneau complet. Pour cette position, le type de spirale n’est donc pas une propriété du cliché d’origine, mais le résultat d’une modification postérieure — et c’est essentiel pour la lecture des types sur la première et la deuxième planche. Un aperçu des positions et des deux types se trouve sur la page Types du cinquième dessin.

La spirale typologique dans le coin supérieur gauche — épreuve et tirage
La spirale typologique du coin supérieur gauche du dessin : à gauche l’épreuve, à droite la production. C’est celle de gauche dans la paire qui décide — sur l’épreuve, sa volute intérieure se termine librement (ouverte, Is), en production elle se referme en un anneau complet (fermée, IIs).

Il en découle une question à laquelle nous n’avons pas encore de réponse : les neuf positions de la planche I qui présentent la spirale ouverte en production également (2, 21, 22, 23, 49, 83, 91, 92, 94) sont-elles précisément celles que cette retouche a épargnées ? D’autres épreuves de la même planche pourraient y répondre.

2 · Modification de l’éventail près de la colombe de droite

Détail de la colombe de droite — épreuve et tirage
La colombe de droite dans le coin inférieur du dessin : à gauche l’épreuve, à droite la production. L’éventail à droite de l’oiseau est dessiné différemment dans les deux empreintes.

La seconde intervention concerne l’éventail situé à droite de la colombe de droite. Sur l’épreuve, les rayons de l’éventail sont plus longs et nettement séparés les uns des autres ; en production, le dessin de l’éventail est différent. Une partie de l’écart tient au papier et à l’usure, mais le contour de l’éventail diffère même là où l’empreinte de production reste lisible.

Les bords verticaux du dessin — épreuve et tirage
Les bords verticaux du dessin à la même échelle, de gauche à droite : bord gauche de l’épreuve puis de la production, bord droit de l’épreuve puis de la production. Ils servent à comparer l’ornement dans son ensemble — la netteté de l’épreuve se remarque sur toute la longueur du bord.

Pourquoi les épreuves sont précieuses pour l’étude des planches

Cette section s’étoffera. Chaque nouvelle épreuve recevra sa propre partie, bâtie de la même manière : description de la pièce, comparaison avec la position de production correspondante et analyse de ce qui est arrivé à la planche entre les deux empreintes.